Par Maurice Rajsfus | Ecrivain | 11/11/2008 | 14H33

Monsieur le ministre,

Votre récente équipée à Vichy est édifiante à plus d¹un titre. Elle nous renvoie à une histoire que de trop nombreux Français s¹éfforcent d¹oublier, voire de nier.
 

En réunissant à Vichy les 27 ministres de l¹Intégration de l¹Union européenne, le 3 novembre, vous n¹avez fait que raviver les plaies d¹un passé douloureux ­en fait, celui de la France de Vichy, dite Etat français. Lequel s¹est avéré violemment xénophobe et raciste. Alors, monsieur le ministre, la meilleure façon d¹éradiquer ce passé, c¹est de ne pas l¹oublier. Pourtant, vous n¹avez pas craint de déclarer récemment: "On n¹en peut plus de cette histoire du passé. On ne peut pas condamner une ville parce qu¹il y a 60 ans il y a eu Pétain. Maintenant, ça suffit!" Revenons pourtant à ce passé qui ne passe pas. Dès l¹obtention des pleins pouvoirs par un vote très majoritaire des deux Chambres, réunies en congrès le 10 juillet 1940 à Vichy, Philippe Pétain et ses ministres allaient s¹efforcer de transformer la France, jadis terre d¹asile, en un pays infréquentable, au nom d¹une pseudo-identité nationale. Dès le 15 juillet, c¹est une loi relative à la procédure de déchéance de la qualité de Français. Le 17 juillet, les citoyens français nés de père étranger n¹ont désormais plus le droit d¹exercer un emploi dans l¹administration. Le 22 juillet, c¹est une loi portant sur la révision des naturalisations qui est promulguée. Il y a tout juste un mois que l¹Armistice avec l¹Allemagne nazie a été signé.

Le 27 juillet, c¹est la création d¹une Commission chargée de réviser les naturalisations effectuées après le 10 août 1927. Le 27 août 1940, la loi Marchandeau du 21 avril 1939 réprimant la diffamation raciale est abrogée.

Le 27 septembre, une loi relative à la "situation des étrangers en surnombre dans l¹économie française" est promulguée. Rapidement, dès lors, en zone non occupée, plus de 40 000 travailleurs étrangers sont regroupés dans des camps de travail forcé, sous la surveillance des gendarmes.

Le 3 octobre, c¹est la promulgation de la première loi de Vichy portant statut des Juifs de France, suivie, le 4 octobre, d¹une loi complémentaire sur les ressortissants étrangers de "race juive". Le 7 octobre, le gouvernement de Vichy abroge le décret Crémieux du 24 octobre 1870, qui attribuait la nationalité française aux juifs d¹Algérie, lesquels sont désormais réduits au statut de l¹indigénat. Ce premier trimestre d¹activité du pouvoir installé à Vichy était bien rempli ! Le pire était à venir!

Monsieur Hortefeux, vous n¹avez pas assez de mots pour protéger les habitants de Vichy du passé pétainiste de leur ville. En revanche, on ne vous a pas vraiment entendu réprouver le rôle des forces de l¹ordre françaises dans la chasse aux communistes et aux gaullistes, de l¹été 1940 à l¹été 1944. Tout comme vous êtes resté silencieux sur la contribution active de cette police aux rafles qui voyaient les juifs comme victimes (et parmi eux 11 000 enfants, dont j¹étais), faisant de la France de Vichy une complice active de l¹Allemagne nazie.

Monsieur le ministre, vous permettrez à un fils d¹immigré arrivé clandestinement en France en 1923 de vous faire ces quelques rappels à une Histoire que nul ne doit oublier, au risque de la revivreŠ